Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.
Tu reçois des lettres, on les donne à lire à tes vêtements, ça ne les déplie pas. Est-ce que je peux t'envoyer un peu d'Espagne, du bon champagne & deux, trois livres, maintenant qu'ils te foutent la paix avec leurs tuyaux dans le nez & le ventre, que tu n'as plus à te forcer à manger & à décrocher le téléphone ?
Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.
Est-ce que tu es partie te cacher dans un caillou, un pat à tartes, un nouveau-né, un tissu, un oeuf, une broderie & comment c'est maintenant qu'il fait nuit tout le temps ?
Est-ce que ça va mieux, est-ce que c'est léger comme une bulle de laisser son corps là, tel un vêtement abîmé que l'on ne peut plus porter ? C'est fini ce poids qui écrasait ton sourire, qui écrasait ton ventre, qui t'écrasait ? Tu as pu t'échapper, dis ? Avec ton sourire en poche maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ?
[...]
Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ? du rien ? du vide ? de la nuit, des choses de ciel, du réconfort ? »

